Le pressoir à huile d'olive de la compagnie gazière ne parvient pas à apaiser les tensions sur une île tunisienne

Le don par Petrofac d'un pressoir à huile d'olive moderne à Kerkennah n'a pas réussi à servir de « branche d'olivier » pour panser les blessures de l'île.

Le géant pétrolier et gazier Petrofac, dont le siège est à Londres, a déboursé 275 000 TND (120 000 dollars) en 2014 pour doter les îles tunisiennes de Kerkennah d’un moulin à huile communautaire. Grâce à ce premier pressoir à huile d’olive moderne de Kerkennah, les oléiculteurs de cet archipel isolé n’ont plus eu à effectuer le pénible trajet jusqu’à la ville de Sfax, sur le continent, pour presser leurs olives. Ils ont ainsi pu réaliser des économies de temps et d’argent.

Grâce à ce nouveau pressoir, les olives de Kerkennah ont pu être pressées au moment idéal. En effet, les pressoirs de Sfax ouvrent généralement trop tard pour la récolte d’olives de Kerkennah. Les agriculteurs ont également gagné entre 80 et 100 TND (35 à 45 dollars) supplémentaires par tonne.

Le moulin à huile communal de Kerkennah a été utilisé 950 fois au cours de la saison 2014/2015. Environ 450 oléiculteurs de Kerkennah y ont transformé 650 tonnes d’huile d’olive, soit environ 40 % de la production totale d’huile d’olive de l’île. Mais le moulin à huile (géré par l’association agricole tunisienne GDA El Borj) n’a pas réussi à apaiser les insulaires ni à améliorer les relations entre Petrofac et la communauté.

L’année 2016 a été catastrophique pour Petrofac et les habitants de Kerkennah. En avril, l’île s’est transformée en champ de bataille, avec des scènes rappelant la révolution, alors que la police tentait de disperser un sit-in de longue date sur le site de Petrofac. Les manifestants se sont retrouvés pris dans de violents affrontements avec la police, accusée d’avoir recouru à des méthodes répressives. La police a eu recours aux gaz lacrymogènes et aux canons à eau contre les manifestants, qui ont incendié des véhicules et des bâtiments de la police. Plusieurs voitures de police ont été jetées à la mer.

Ces violents affrontements se sont soldés par le retrait forcé de la police de Kerkennah. L’île est alors tombée dans l’anarchie. Toutes les tentatives visant à rétablir la présence policière sur l’île ont échoué. Un petit contingent de militaires a été chargé de surveiller les bâtiments publics. En septembre, la présence policière a finalement été rétablie à Kerkennah.

Photograph accompanying this article

Les récents déboires de Petrofac ont commencé le 19 janvier 2016, avec un sit-in organisé dans ses locaux. Le grief portait sur les rémunérations et les avantages promis à des diplômés sans emploi dans le cadre d’un accord de 2011, visant à permettre à ces derniers de trouver un emploi après la révolution. Dans le cadre de ce programme, Petrofac avait promis à 266 diplômés sans emploi des versements de 300 à 450 TND (131 à 196 dollars) par mois pour effectuer des travaux environnementaux et apporter leur aide dans les services publics. Les bénéficiaires n’ont toutefois reçu ni contrat ni avantages sociaux.

Petrofac a émis des doutes quant à l’éligibilité d’un grand nombre de bénéficiaires et a laissé entendre que les fonds faisaient l’objet d’un détournement. Selon les manifestants, le gouvernement tunisien n’a pas respecté un accord de 2015 dans lequel il s’engageait à maintenir des emplois à Kerkennah par l’intermédiaire d’une entreprise environnementale financée par des fonds publics. Petrofac avait accepté de verser les salaires des diplômés jusqu’en décembre 2016.

Le 22 septembre, après neuf mois de manifestations, de perturbations et de négociations infructueuses, Petrofac a annoncé son départ de Tunisie. Cette décision a été confirmée dans un communiqué de Mohd Akrout, directeur général de l’ETAP, qui a déclaré : « Petrofac quitte définitivement la Tunisie et vient d’entamer les démarches pour quitter le pays. » Un porte-parole du gouvernement a réitéré : « Petrofac nous a officiellement informés qu’elle avait entamé le processus de fermeture. »

Le 23 septembre, Petrofac a soudainement changé d’avis. L’entreprise a annoncé qu’un accord avait été conclu et la production a repris le 27 septembre. Depuis lors, plus d’une douzaine de manifestations ont été organisées contre l’entreprise, notamment le blocage des camions de Petrofac.

Petrofac a connu une période mouvementée et tumultueuse à Kerkennah depuis son implantation en 2007, et le don par l’entreprise d’un pressoir à huile d’olive moderne aux habitants de l’île n’a pas réussi à servir de « branche d’olivier » pour panser les blessures.

Kerkennah est un archipel situé dans le golfe de Gabès, à environ 20 km de la ville de Sfax. Les îles vivent de la pêche et de l’agriculture. Petrofac s’est implantée en Tunisie en 2007 à la suite d’un accord controversé – et qualifié de corrompu par ses détracteurs – signé avec l’ancien président Zine El-Abidine Ben Ali.

Petrofac a versé 30 millions de dollars pour acquérir une participation de 45 % dans le gisement de gaz de Chergui, situé à Kerkennah. Les 55 % restants sont détenus par la compagnie pétrolière nationale tunisienne, l’Entreprise tunisienne d’activités pétrolières (ETAP).

Petrofac couvre environ 13 % des besoins nationaux en gaz de la Tunisie. Le gouvernement a dépensé environ 100 millions de dollars pour importer du gaz d’Algérie pendant les manifestations de 2016.