Les producteurs nord-africains passent de la vente en vrac à la commercialisation de marques

Les producteurs d'huile d'olive de Tunisie et du Maroc, conscients de l'opportunité qui s'offre à eux, s'attachent à améliorer la qualité de leur huile et à renforcer leur image de marque.

Malgré une longue histoire et de riches traditions, l’huile d’olive provenant des anciens protectorats français que sont la Tunisie et le Maroc n’a toujours pas suscité l’intérêt international.

Alors que les plus grands producteurs et exportateurs mondiaux, l’Italie et l’Espagne, ont connu une année difficile, peinant à fournir leur quota prévu d’huile d’olive extra vierge, la situation est tout autre dans ces deux pays d’Afrique du Nord où la saison des olives a été excellente.

En Tunisie, sur la côte nord de l’Afrique, les oléiculteurs se réjouissent : ils ont connu une année exceptionnelle et ont commencé à tirer parti de la demande mondiale croissante en huile d’olive extra vierge.

Selon le Conseil oléicole international (COI), la production tunisienne d’huile d’olive devrait atteindre 220 000 tonnes cette année, soit une hausse de 160 %. Cette récolte record est une bonne nouvelle pour un pays dont l’économie est par ailleurs en déclin.

Un communiqué publié par le ministère tunisien de l’Industrie, de l’Énergie et des Mines indique que le Conseil tunisien de l’huile d’olive prévoit que les recettes d’exportation d’huile d’olive dépasseront les 1 800 millions de dinars tunisiens (935 millions de dollars) pour la saison 2014-2015.

Bien que l’huile d’olive soit le principal produit d’exportation de la Tunisie, le pays est toujours resté en retrait sur la scène mondiale de la production oléicole et n’a jamais bénéficié de la reconnaissance qu’il mérite. La Tunisie exporte environ 75 % de son huile d’olive en vrac vers l’Italie et l’Espagne, où elle est mélangée à d’autres huiles, mise en bouteille et commercialisée.

Aujourd’hui, la Tunisie souhaite renforcer sa compétitivité grâce à ses propres marques. En avril dernier, le pays a accueilli la troisième édition du concours national de la « meilleure huile d’olive conditionnée ». Basé sur deux critères — la qualité de l’huile d’olive et le design de l’emballage —, ce concours organisé par le ministère de l’Industrie, de l’Énergie et des Mines a attiré vingt-deux producteurs, dont trois ont été récompensés. Malgré ses efforts pour améliorer la qualité de sa production, la Tunisie n’a remporté aucun prix lors du Concours international de l’huile d’olive de New York de cette année.

Le Maroc voisin, qui est déjà le deuxième exportateur mondial d’olives de table, récolte aujourd’hui les fruits du plan « Maroc vert » mis en place par le gouvernement en faveur de l’oléiculture. En 2008, le gouvernement marocain a lancé ce programme afin d’encourager les agriculteurs des zones rurales à se tourner vers la culture de l’olivier plutôt que vers celle du blé ou d’autres cultures, créant ainsi davantage d’emplois et stimulant la production d’huile d’olive. Grâce à cette initiative, le Maroc compte désormais un million d’hectares consacrés aux oliveraies.

Selon le Centre marocain de promotion des exportations, le Maroc a presque doublé sa production en six ans pour atteindre 1,5 million de tonnes. Le secteur de l’huile d’olive a considérablement réduit le chômage, en particulier chez les femmes, en créant plus de 300 000 emplois permanents.

Jusqu’à présent, la qualité de l’huile d’olive marocaine était relativement méconnue, mais des chercheurs, s’appuyant sur les normes du secteur, ont récemment analysé et publié leur rapport sur la qualité et la pureté de l’huile d’olive marocaine dans la revue Food Chemistry. Les chercheurs ont classé 94 % de la production en huile « extra vierge » et seulement 6 % en huile « vierge ». Une marque marocaine d’huile d’olive, Morok O, a remporté une médaille d’or au NYIOOC.

Selon la Direction des études et des prévisions financières (DEPF) du Maroc, les principaux clients à l’exportation du pays sont l’Union européenne, avec une part de 50 %, et les États-Unis, avec 37 %.

Les consommateurs étrangers manifestant un intérêt croissant pour l’huile d’olive de qualité et les appellations d’origine, la prochaine étape pour les deux pays, selon les acteurs du secteur, consiste à passer de l’exportation en vrac à celle de produits de marque afin de créer de la valeur ajoutée.



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