La Commission européenne propose des coupes budgétaires et des modifications de la politique agricole
Les modifications proposées par la Commission européenne ont suscité une vive réaction de la part des agriculteurs.
La proposition de la Commission européenne concernant le budget de l’UE pour la période 2028-2034 introduit des changements radicaux dans la Politique agricole commune (PAC), ce qui a suscité une vive réaction de la part des agriculteurs dans plusieurs pays.
Présenté comme un effort de modernisation visant à garantir la sécurité alimentaire, la durabilité rurale et la résilience économique, ce plan alloue 302 milliards d’euros à la PAC.
Étant donné que les fonds actuels de la PAC s’élèvent à 386,6 milliards d’euros, en tenant compte de l’inflation, les coupes dépasseront facilement les 20 %.
Voir aussi : Bruxelles envisage de revoir sa position sur le glyphosate et le cancerUn total de 296 milliards d’euros sera alloué au soutien des revenus des agriculteurs, tandis que 6,3 milliards d’euros seront réservés à la gestion des crises.
Dans l’ensemble, la PAC continuerait de représenter environ un tiers du budget global de l’UE.
La réduction des fonds confirme une tendance historique à la baisse des dotations de la PAC. Dans les années 1980, celle-ci représentait 70 % du budget européen total, alors qu’elle n’en représente aujourd’hui guère plus de 30 %.
Outre cette réduction, la nouvelle approche proposée redéfinit de manière significative la relation entre l’agriculture et le développement régional.
Au cœur de cette réforme se trouve l’intégration de la PAC au financement de la politique de cohésion. Au sein de l’UE, les fonds de cohésion représentent environ un tiers du budget de l’Union. Ces fonds sont destinés à réduire les disparités économiques, sociales et régionales entre les États membres.
Le regroupement des paiements de la PAC et de la cohésion au sein d’un seul fonds représente un changement stratégique par rapport au passé. Le nouveau fonds combiné devrait s’élever à environ 865 milliards d’euros sur un budget total d’environ 2 000 milliards d’euros.
Selon la Commission européenne, cette mesure permettra d’améliorer les synergies entre ces deux domaines et de multiplier leur impact à long terme.
Un deuxième aspect crucial de la PAC proposée est la simplification radicale de son administration et l’implication significative des institutions locales dans sa gestion.
Actuellement, la PAC est régie par divers organismes et réglementations au niveau de l’UE. En revanche, la nouvelle PAC définirait un cadre juridique unique et s'appuierait sur des définitions standardisées, des formulaires simplifiés et des systèmes de déclaration numériques.
De plus, la nouvelle PAC sera mise en œuvre par le biais des plans de partenariat nationaux et régionaux, qui fusionnent la PAC avec les fonds de cohésion et les fonds sociaux.
Cela signifie que les institutions locales des États membres joueront un rôle nettement plus important et plus central dans la gestion des fonds de la PAC destinés à leurs agriculteurs.
Si la nouvelle PAC prévoit un « kit de démarrage » pour aider les jeunes agriculteurs à se lancer, elle modifiera également les paiements à l’hectare versés aux agriculteurs de l’UE.
Aujourd’hui, ces paiements varient de plus de 400 € par hectare en France et en Allemagne à moins de 200 € par hectare en Roumanie et en Bulgarie, une différence qui trouve son origine dans des facteurs historiques remontant à plusieurs décennies.
Les exploitations agricoles de l’UE reçoivent ces paiements à l’hectare pour stabiliser les revenus, encourager l’utilisation des terres et soutenir la production alimentaire. Le système est destiné à récompenser l’agriculture active, et non pas simplement la propriété foncière.
Bruxelles prévoit désormais de fixer des seuils de paiement minimaux et maximaux par hectare afin de forcer la convergence. Cela signifie que les pays les plus riches pourraient subir des ajustements à la baisse, tandis que les nouveaux États membres pourraient bénéficier d’augmentations.
Selon la Commission, ces nouvelles mesures garantiront un soutien plus équitable à l’ensemble des exploitations agricoles européennes. Cependant, les détracteurs craignent que cela ne pénalise les grandes exploitations productives tout en ne parvenant pas à résoudre pleinement le fossé entre l’Est et l’Ouest.
La réforme proposée vise également à établir des liens stratégiques entre le soutien à l’agriculture et d’autres grands programmes de l’UE, notamment le Fonds européen pour la compétitivité et le programme-cadre de recherche de l’UE.
Selon la Commission, la suppression des cloisonnements permettra à l’agriculture de s’inscrire dans la stratégie économique, numérique et d’innovation plus large de l’UE.
Les agriculteurs, les coopératives et les entreprises rurales pourraient alors bénéficier de fonds destinés à la recherche et au développement, aux technologies vertes et à l’agriculture innovante, en plus des subventions traditionnelles.
Quelques jours seulement après la présentation officielle du projet de budget, de nombreuses associations d’agriculteurs de plusieurs États membres ont fait part de leurs critiques, arguant que ce fonds commun risquait de diluer l’attention portée aux besoins agricoles fondamentaux.
En Europe du Sud et dans certaines régions d’Europe de l’Est, où les grandes exploitations agricoles dépendent fortement des paiements directs, certains calculent déjà les pertes attendues.
Les organisations d’agriculteurs sont particulièrement alarmées par les réductions en termes réels des dépenses agricoles. Elles craignent que les petites et moyennes exploitations ne soient laissées pour compte.
Copa-Cogeca, la plus grande organisation d’agriculteurs de l’UE, a déclaré dans un communiqué que la proposition « manque de transparence et sape la stabilité dont les agriculteurs ont besoin ».
« Derrière les euphémismes, les débats comptables et les arguments bien ficelés se cache une vérité plus troublante : les fondements mêmes de la politique agricole européenne sont sapés et démantelés lors de ce qui pourrait rester dans les mémoires comme un mercredi noir à Bruxelles », a écrit l’organisation, faisant référence au jour où les responsables ont présenté la nouvelle proposition de politique.
Consciente de la position de la Commission, l’organisation a récemment lancé une pétition en ligne contre la révision proposée de la PAC.
Selon les organisations d’agriculteurs, les priorités des collectivités locales pourraient inclure les infrastructures numériques, les routes, le logement ou les énergies vertes.
Comme elles sont désormais directement impliquées dans la gestion de la PAC, cela fait craindre que les besoins agricoles fondamentaux ne perdent en visibilité et en urgence.
Récemment, des experts ont averti que les petits oléiculteurs, en particulier dans le sud de l’Europe, pourraient voir leur accès aux aides directes réduit.
La réforme de la PAC pour la période 2028-2034 n’est pas encore finalisée : l’ensemble du processus d’approbation prend généralement entre 18 et 24 mois.
Compte tenu du volume considérable de fonds en jeu et du rôle crucial de l’agriculture dans la stabilité de l’Union, la proposition fera l’objet d’intenses négociations à l’échelle de l’Union européenne.
Malgré les réformes importantes de la PAC, les observateurs ont noté que les négociations sur la meilleure façon de soutenir les agriculteurs de l’Union ne datent pas d’hier, les conflits entre Bruxelles et les agriculteurs remontant aux origines mêmes de l’Union européenne.