L'huile d'olive désodorisée revient sur le devant de la scène
Le parquet de Florence a saisi des documents et des échantillons dans le cadre d'une enquête sur une éventuelle falsification de documents de transport d'huile d'olive par de grands conditionneurs, dont Grupo SOS.
L'huile d'olive désodorisée est revenue sur le devant de la scène cette semaine. Plusieurs raisons expliquent ce regain d'intérêt. La plus retentissante est que le parquet de Florence enquête sur une éventuelle falsification des documents de transport d'huile d'olive par de grands conditionneurs, dont Grupo SOS. Reste à voir si la responsabilité sera également imputée à d'autres courtiers et fournisseurs. Ces documents auraient permis de faire passer de l'huile de mauvaise qualité pour de l'huile extra vierge. Les procureurs ont saisi des documents et des échantillons d'huile dans des installations de conditionnement à Florence, Reggio Emilia, Gênes et Pavie.
Grupo SOS est un conglomérat espagnol et la plus grande entreprise d'huile d'olive au monde. Il détient désormais les marques italiennes historiques Bertolli, Carapelli et Sasso. L'entreprise en difficulté annonce aujourd'hui une perte de 50 millions d'euros pour 2010.
Le Corpo Forestale de Rome, une agence gouvernementale, a annoncé le 24 février l'ouverture d'une enquête à Florence sur Grupo SOS, précisant que celle-ci avait débuté en septembre 2010. Des analyses en laboratoire sont en cours et les résultats devraient être connus avant que les procureurs de Florence ne se penchent à nouveau sur le dossier le 15 mars. L'enquête inclura le test récemment adopté pour les esters alkyliques. Elle porte sur quelque 450 000 kilos d'huile d'olive d'une valeur d'environ 4 millions d'euros.
En janvier, l'Union européenne a adopté une loi fixant une limite pour les esters alkyliques dans l'huile d'olive. Des niveaux élevés indiquent une huile d'olive de mauvaise qualité, qui est souvent désodorisée. Certains détracteurs de la loi affirment qu'elle autorise un niveau trop élevé d'esters alkyliques. La limite est fixée à 75 milligrammes d’esters alkyliques par kilogramme. La Repubblica, l’un des plus grands quotidiens italiens, a publié un article affirmant que la nouvelle loi ne sert pas les intérêts des consommateurs, car les niveaux acceptables sont trop élevés. D’autres reconnaissent qu’ils sont élevés, mais soulignent qu’ils peuvent être abaissés.
Les petits producteurs d'huile d'olive et les associations de consommateurs mettent en garde les consommateurs contre les huiles d'olive à bas prix. Les supermarchés vendent de l'huile d'olive extra vierge à partir de 2 € le litre.
Coldiretti, un groupe de défense des intérêts agricoles comptant environ un million et demi de membres, établit un lien entre les 450 tonnes d’huile suspecte et l’huile d’olive à bas prix vendue en supermarché. Il conseille aux consommateurs de se méfier : si l'huile coûte moins de 5 ou 6 euros le litre, il y a de fortes chances qu'il ne s'agisse pas d'huile d'olive extra vierge, mais d'huile désodorisée.
Les informations concernant l’huile désodorisée ont touché une corde sensible au sein du gouvernement et ont suscité une réaction du ministre de l’Agriculture. Giancarlo Galan a déclaré à propos de l'huile d'olive italienne : « Je me sens en mesure de garantir à nos consommateurs qu'ils peuvent faire confiance à notre système de traçabilité et aux nouvelles lois sur l'étiquetage, déjà en vigueur pour l'huile d'olive extra vierge dans toute l'Europe. S'ils achètent de l'huile italienne, ils peuvent être rassurés quant à son niveau de qualité, qui n'a pas son pareil dans le monde. »