Le projet de gazoduc Trans Adriatic Pipeline devant les tribunaux pour avoir déraciné des oliviers dans les Pouilles

Les dirigeants de TAP ont été cités à comparaître devant le tribunal le 8 mai et devront répondre d'accusations de dommages environnementaux, notamment d'abattage illégal d'oliviers.

La société à l'origine du gazoduc Trans Adriatic Pipeline (TAP) et 18 de ses principaux dirigeants ont été cités à comparaître devant un tribunal du sud de l'Italie.

Dans la région des Pouilles, le TAP a été responsable de l'arrachage d'au moins 10 000 oliviers, dont certains classés « monumentaux », afin de faire place à ce gazoduc controversé, construit pour transporter du gaz depuis l'Azerbaïdjan.

« Nous traversons une période difficile, punis pour avoir défendu notre foyer et les générations futures. » – Sabina Giese, militante anti-gazoduc

Les dirigeants de TAP ont été cités à comparaître devant le tribunal le 8 mai et devront répondre de chefs d’accusation pour atteinte à l’environnement. L’entreprise est accusée d’avoir mené des travaux non autorisés dans des zones réglementées et sur des terres agricoles jugées d’« intérêt public considérable », d’avoir pollué les nappes phréatiques et d’avoir illégalement arraché des oliviers.

En 2017, Olive Oil Times avait rendu compte des manifestations généralisées qui avaient éclaté dans les Pouilles lorsque l’entreprise avait reçu le feu vert pour déraciner plus de 200 arbres afin de faciliter la construction du terminal italien du TAP à Melendugno, malgré les recours en cours.

Voir aussi : Actualités sur le gazoduc transadriatique

Le procès à venir contre TAP n’a pas réussi à apaiser la colère de l’organisation No-TAP, créée pour empêcher la construction du gazoduc. Une centaine de membres du groupe ont été inculpés pour avoir participé à des manifestations non autorisées, bloqué des routes et insulté un fonctionnaire au plus fort des manifestations de 2017.

Sabina Giese, très impliquée dans le mouvement No-TAP, a déclaré à Olive Oil Times que des poursuites avaient déjà été engagées contre 25 militants de No-TAP. Ils ont comparu devant le tribunal en janvier dernier.

Mme Giese a déclaré qu’il régnait un sentiment général de frustration face à la lenteur avec laquelle le TAP était appelé à rendre des comptes, ainsi qu’une colère face au fait que les autorités avaient été beaucoup plus rapides à engager des poursuites contre des manifestants pacifiques.

Elle a également exprimé son indignation face au fait que les travaux sur le gazoduc n’aient pas été suspendus à la lumière du procès de TAP et a laissé entendre qu’il y avait eu corruption entre des responsables gouvernementaux italiens et azerbaïdjanais, sans toutefois fournir de preuves à l’appui de cette affirmation.

Vito Matteo

Vito Matteo

Mme Giese a joué un rôle actif dans ce qu’elle a qualifié de « manifestations légitimes et pacifiques » de 2017 et est allée jusqu’à s’attacher à un olivier pour empêcher son abattage.

Elle a ainsi été traduite en justice et accusée d’avoir retardé les travaux sur le gazoduc.

« Nous traversons une période difficile, punis pour avoir défendu notre foyer et les générations futures », a-t-elle déclaré.

Les oliviers condamnés ont bénéficié d’un bref sursis lorsqu’une décision de justice a été rendue contre leur déracinement. Cependant, les arbres ont été abattus après que le TAP s’est engagé à en prendre soin méticuleusement et à les replanter à terme sur leurs sites d’origine.

Mme Giese a déclaré que, loin d’être bien entretenus, les oliviers sont en train de mourir. Elle a affirmé disposer de preuves photographiques et de rapports à l’appui de cette affirmation.

Le gouverneur des Pouilles, Michele Emiliano, a joué un rôle déterminant dans le dépôt de plainte contre TAP et a bénéficié du soutien de plusieurs communes locales, du ministère de l’Environnement et d’autres associations de consommateurs et de défense du patrimoine. Mme Giese a indiqué que le financement de l’audience avait été assuré par les dirigeants du groupe No-TAP Salento, dont Alfredo Fasiello.

Le projet TAP a reçu le feu vert dans les Pouilles, une région fortement dépendante de l’agriculture et du tourisme, malgré les menaces pour l’environnement, notamment la destruction d’oliveraies, la dégradation des sources d’eau, la perte de sites du patrimoine culturel et la réduction du littoral local.

No-TAP a affirmé que les habitants et les écologistes n’avaient pas été consultés avant la construction du gazoduc. L’association estimait également que l’impact environnemental du projet n’avait pas été correctement évalué et que, selon elle, celui-ci n’était pas conforme à l’Accord de Paris sur la réduction de la production de combustibles fossiles.

Les poursuites contre TAP ont été coordonnées par le procureur de Lecce à la suite d’une enquête menée par les carabiniers, la principale force de l’ordre italienne.

Parmi les dirigeants de TAP cités à comparaître figurent Michele Mario Elia, directeur national de TAP pour l'Italie, et Gabriele Paolo Lanza, chef de projet. Marco Paoluzzi, directeur de RA Costruzioni SRL, l'entreprise qui a réalisé les travaux, a également été cité comme prévenu.

TAP a décliné plusieurs demandes de commentaires formulées par Olive Oil Times concernant les accusations portées contre l'entreprise.