Questions-réponses avec Jean-Louis Barjol, directeur du CIO
Le directeur exécutif du Conseil oléicole international évoque les normes australiennes, les résultats mitigés en Inde et en Chine, ainsi que ses ambitions aux États-Unis.

Jean-Louis Barjol vient d’être nommé directeur exécutif du Conseil oléicole international à Madrid. Au cours des deux dernières années, il a occupé le poste de directeur adjoint du COI au sein des divisions Administrative et financière, ainsi que de l’Enquête et de l’Évaluation.
Avant de rejoindre le COI, M. Barjol était directeur général du Comité européen des fabricants de sucre (CEFS).
Il dirigera cet organisme international intergouvernemental jusqu'en décembre 2014, s'occupant des questions d'élaboration des politiques et relevant le défi de faire collaborer plus efficacement les pays producteurs d'olives.
M. Barjol est titulaire d’un master en économie agricole de l’Institut national agronomique de Paris et a été nommé Chevalier du Mérite agricole français pour les services qu’il a rendus en Espagne entre 1995 et 1998.
Il est marié et père de deux enfants. Il aime lire des livres d’histoire ; il estime que l’on peut apprendre beaucoup en étudiant les tendances, les coutumes et les habitudes des générations passées.
Nous nous sommes entretenus avec M. Barjol par téléphone.
Monsieur Barjol, votre première visite officielle vous a conduit aux États-Unis, où vous avez assisté à la réunion semestrielle de la North American Olive Oil Association (NAOOA). Quels sont les projets du COI pour promouvoir l’huile d’olive dans ce pays ? S’agit-il d’un marché prioritaire pour le COI ?
Les États-Unis constituent le plus grand marché mondial pour les importations d’huile d’olive si l’on considère l’UE comme un marché unique et que l’on ne tient pas compte des échanges intra-UE.
Pour moi, le développement de ce marché est une priorité absolue. Nous espérons lancer en juillet de cette année une campagne de promotion de l’huile d’olive et des olives de table en Amérique du Nord pour 2011 et 2012.
Les appels d’offres seront envoyés dès le mois d’avril de cette année et une agence sera sélectionnée pour le lancement aux États-Unis et au Canada. Le COI prévoit de consacrer 1,2 million d’euros à ce projet.
L’Australie envisage d’adopter des normes qui s’écartent de celles du COI. Cela vous préoccupe-t-il ? Trouvez-vous cela inquiétant ?
C'est inquiétant pour eux, pas pour nous. L'Australie n'appartient pas au COI. Pour des raisons que je ne comprends pas, ils n'ont jamais voulu devenir membres. Ils utilisent nos laboratoires chaque année ; ils assistent à nos réunions et viennent se faire reconnaître par le COI pour leur compétence en matière de caractéristiques chimiques et sensorielles.
Je dis que c'est inquiétant pour eux car, après tout, 98 % des exportations mondiales proviennent de membres de l'IOC.

Pourquoi pensez-vous que cela se produit ?
Je ne sais pas trop. Les Australiens sont assez exigeants, mais dans ce cas précis, ils ne respectent pas les normes de l’IOC et du Codex ; il y a pas mal de divergences qui semblent favoriser davantage les producteurs nationaux que les importateurs.
Pourriez-vous me donner un exemple de ces divergences ?
La limite australienne pour le campestérol, fixée à 4,8 %, est supérieure à la norme de l’IOC et du Codex, qui fixe une limite de 4 %.
Pour nous, la qualité de l'huile d'olive est un facteur clé.
Pouvez-vous me parler de la situation en Inde ?
Des campagnes de promotion ont été menées en Inde par le COI, mais les résultats ont été décevants. Je ne peux pas m’avancer trop sur ce sujet, car je viens tout juste de prendre mes nouvelles fonctions, mais l’Inde est un marché où la consommation d’huile d’olive se développe beaucoup plus lentement qu’en Chine, où le marché évolue très rapidement. Mais les choses peuvent changer.
Vous vous rendrez bientôt en Chine. Que comptez-vous faire lors de votre visite ?
Je serai à Shanghai pour la cérémonie d'ouverture du 7e Salon international de l'huile d'olive et des huiles alimentaires, qui débutera le 18 avril. Je rencontrerai des représentants du ministère de l'Agriculture ainsi que la presse, et l'OCI tiendra un stand (au salon).
Pouvez-vous nous parler de la situation actuelle en Espagne concernant les faibles prix de l’huile d’olive ?
Il s’agit en effet d’une situation préoccupante. Des études menées par l’Agence espagnole de l’huile d’olive ont montré qu’au fil des ans, la valeur ajoutée dans la chaîne de production de l’huile d’olive a été très faible ; à peine 2,5 %. De plus, en raison de la place importante de l’Espagne dans la production mondiale, le prix de l’huile d’olive fixé en Espagne influencera le prix de l’huile d’olive dans d’autres pays exportateurs.
D'un point de vue économique, cette situation n'est pas tenable ; il est certain que certains des investissements prévus devront être suspendus et que nous cesserons de récolter un certain nombre d'olives. Cela entraînera alors une baisse de la production par rapport à la demande. Il en résulterait un risque de flambée soudaine des prix.
Nous entrons dans une sorte de phase de yo-yo où une pénurie de production entraînerait des prix élevés pendant une période relativement longue, car il faudrait planter de nouvelles cultures et prévoir suffisamment de temps pour la récolte. Cela aurait en effet un impact sur tous les pays exportateurs.
Des cas de fraude ont récemment été signalés. Quelle en est la cause ?
Je voudrais clarifier un point qui n’est pas toujours bien compris. Le COI est une organisation intergouvernementale qui applique des normes chimiques et sensorielles très strictes. Les pays membres de notre organisation se sont engagés à respecter ces normes pour les produits qu’ils exportent et importent.
Il est important de connaître deux choses lorsqu'on parle de la qualité de l'huile d'olive : le cycle de vie utile et les conditions de stockage, ainsi que le moment où les analyses sont effectuées.
Le COI précise que les analyses doivent être effectuées au moment du commerce international ; c’est essentiel. La lumière, la chaleur et un mauvais stockage détériorent la qualité de l’huile d’olive. Nous devons respecter ce produit ; le conserver à l’abri de la lumière et de la chaleur afin d’apprécier toutes ses qualités.
Votre nouveau rôle au sein du COI est-il très différent de celui que vous occupiez au CEFS ?
Oui, très différent, tant par la taille du secteur que par celle du produit. L'huile d'olive est un produit bien plus sophistiqué que le sucre. Ici, au COI, je mets à profit mon expérience acquise dans le secteur public et au sein d'une fédération agro-industrielle.
Lisez-vous Olive Oil Times ?
Oui, je le lis ; je le trouve dynamique, je l'apprécie.
Merci de nous avoir accordé votre temps, Monsieur Barjol.