Un agriculteur belge poursuit une entreprise énergétique pour dommages liés au changement climatique

Hugues Falys souhaite que le géant de l'énergie TotalEnergies assume une part de responsabilité dans les conditions climatiques sèches et chaudes qui ont affecté son élevage et son exploitation agricole.

L'agriculteur Hugues Falys a engagé une action en justice contre la société pétrolière et gazière française TotalEnergies, affirmant avoir subi un préjudice professionnel du fait des perturbations climatiques causées par cette entreprise.

M. Falys, éleveur et producteur de céréales et de légumes originaire du Hainaut, une province de Wallonie en Belgique, a fait valoir que TotalEnergies, l’une des entreprises les plus émettrices de dioxyde de carbone au monde, devait être tenue responsable d’une partie des dommages causés à son activité par les conditions météorologiques défavorables entre 2016 et 2022.

Selon sa plainte, au cours de cette période, des sécheresses successives ont affecté les cultures fourragères de ses champs, l’obligeant à acheter du foin pour ses animaux et, à terme, à réduire son cheptel.

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« Le changement climatique a un impact tangible sur mon travail et ma vie : pertes de rendement, surcroît de travail et stress lié à la gestion d’un calendrier des cultures perturbé », a déclaré M. Falys dans un communiqué de presse. « Ma pro­fes­sion est étroitement liée au climat. Ces dernières années, le changement climatique a causé d’énormes préjudices aux agriculteurs et nous a laissés dans l’incertitude quant à l’avenir. »

Des recherches scientifiques ont montré qu’une grande partie de l’Europe est en proie à la sécheresse depuis 2018, les pays d’Europe centrale étant également fortement touchés.

Dans le cadre de ce que l’on appelle en Belgique « l’affaire Falys », ce dernier réclame une indemnisation pour le préjudice subi par son entreprise ainsi qu’une ordonnance judiciaire enjoignant à la société de suspendre tout nouvel investissement dans des projets d’exploitation de combustibles fossiles. Greenpeace et deux autres organisations non gouvernementales soutiennent son action en justice.

Reuters a rapporté qu’il s’agit du premier procès lié au changement climatique intenté contre une multinationale dans l’histoire du droit belge.

L'agriculteur et ses soutiens ont également affirmé que TotalEnergies est consciente de l'impact de ses activités sur le climat depuis les années 1970, mais qu'elle a délibérément choisi de s'abstenir de prendre toute mesure afin de ne pas nuire à ses activités.

TotalEnergies est le plus grand distributeur de pétrole en Belgique et le cinquième plus rentable au monde. L’entreprise exploite une raffinerie de pétrole et une usine pétrochimique à Anvers.

Greenpeace a inclus la multinationale française dans la liste mondiale des 21 entreprises énergétiques qui, ensemble, représentent plus d’un tiers des émissions mondiales de gaz à effet de serre.

Le procès Falys intervient quelques mois après qu’un tribunal de Bruxelles a jugé que le gouvernement belge devait prendre des mesures supplémentaires pour réduire les émissions de gaz à effet de serre du pays.

Plus précisément, la Cour d’appel de Bruxelles a ordonné au gouvernement de réduire les émissions d’au moins 55 % d’ici 2030 par rapport à 1990. La cour a également estimé que les politiques climatiques du pays constituaient une violation des droits de l’homme.

Les scientifiques ont toutefois fait valoir que, pour que la Belgique contribue efficacement à l’objectif mondial visant à maintenir la hausse des températures mondiales en dessous de 1,5 °C, le pays doit réduire ses émissions de gaz à effet de serre d’au moins 61 % d’ici 2030.

L'Organisation météorologique mondiale a également averti que le seuil de réchauffement de 1,5 °C des températures mondiales serait probablement temporairement dépassé d'ici 2027.

L’audience préliminaire dans l’affaire Falys devrait se tenir devant le tribunal à la mi-avril de cette année.