L'huile d'olive dans l'Union européenne : une réalité législative

L'huile d'olive est en train de devenir un « produit de l'UE », soutenu par Bruxelles grâce à une réglementation très stricte en matière de normes, d'étiquetage, de commercialisation, d'allégations sanitaires et nutritionnelles, ainsi que de règles environnementales.

Lorsque le premier programme d'action européen pour l'huile d'olive sera publié fin septembre, il est peu probable qu'il s'écarte des projets qui circulent depuis le milieu de l'été. Ces projets indiquent que le plan mettra l'accent sur la qualité et le contrôle, la restructuration du secteur, la promotion et la concurrence avec les pays tiers.

Il scellera également le fait que l'huile d'olive est en train de devenir un « produit de l'UE » soutenu par Bruxelles non seulement par le biais d'un système d'aide aux producteurs (notamment des paiements aux agriculteurs et des subventions pour le stockage des excédents), mais aussi par le biais de règles strictes concernant les normes, l'étiquetage, la commercialisation, les allégations sanitaires et nutritionnelles ainsi que les règles environnementales.

L’UE s’exprime par le biais de la loi, et à ce titre, le relais a été passé des États membres méditerranéens à Bruxelles. La volonté de Bruxelles de s’approprier l’huile d’olive découle non seulement des dommages causés aux industries locales (notamment italiennes et espagnoles) par les scandales, mais aussi de la montée en puissance de la concurrence sous la forme de nouveaux concurrents mondiaux agressifs, prétendument « fondés sur la science », et de l’écart de revenus croissant à l’échelle mondiale qui a fait de l’huile d’olive la « graisse du 1 % » et de ceux qui aspirent à en faire partie. On peut soutenir qu’il s’agit également pour Bruxelles d’un moyen de « se montrer conciliant » envers une région de plus en plus aliénée par les menaces et les calomnies de ses voisins du nord.

Contrairement aux États pleinement souverains, l’UE ne peut agir que par le biais d’actes législatifs dont la légitimité doit reposer sur les traités de l’UE. C’est donc dans la législation que se dessine l’avenir de l’huile d’olive de l’UE. Alors que les premières législations de la CE/UE respectaient généralement la souveraineté nationale en s’appuyant principalement sur des « directives » (enjoignant aux États membres de modifier leurs propres lois afin d’atteindre un objectif défini), elle agit aujourd’hui presque exclusivement par le biais de « règlements » (des formes de législation plus contraignantes qui entrent en vigueur immédiatement telles qu’elles sont rédigées, sans qu’aucune action nationale supplémentaire ne soit nécessaire ou possible). Pratiquement tous les nouveaux règlements abrogent les directives antérieures, qui étaient conçues pour donner aux États membres le sentiment qu’ils gardaient le contrôle.

La législation récente sur l’huile d’olive en est un excellent exemple : le premier règlement de ce type remonte à 1991 (règlement n° 2568/1991, modifié pour la dernière fois en 2011), lorsque Bruxelles a défini les catégories d’huile d’olive et les moyens légaux de les distinguer. En janvier de cette année, un règlement d'application sur la commercialisation et l'étiquetage de l'huile d'olive (règlement 29/2012), consolidant une décennie d'amendements à la loi initiale de 2002, est entré en vigueur. Celui-ci définit des exigences spécifiques applicables à l'huile d'olive, complétant celles énoncées dans le règlement de 2011 (règlement 1169) sur la fourniture d'informations alimentaires aux consommateurs. L'UE mène également un programme législatif visant à établir les allégations de santé et nutritionnelles autorisées, et s'engage dans des mesures environnementales nécessaires pour réglementer les déchets et répondre aux intérêts d'un nouveau secteur, celui du « tourisme de l'huile d'olive ».

Malgré ses origines au Moyen-Orient, l’Europe du Sud a toujours été le berceau de l’huile d’olive et synonyme de qualité et de saveur. Les facteurs mentionnés ci-dessus, à savoir les scandales dans les pays producteurs, la volonté de consolidation de la part de l’UE et une concurrence acharnée, en particulier sur le marché américain des consommateurs aisés, font naître la nécessité d’une approche plus ferme de la part de Bruxelles pour préserver la position de l’huile d’olive européenne sur le marché mondial.

Virginia Brown Keyder est membre du barreau de New York (à la retraite) et enseigne le droit européen en Turquie, ainsi que le droit international et le droit de la propriété intellectuelle à l’Université d’État de New York à Binghamton. Elle travaille actuellement à la rédaction d’un ouvrage sur le droit et l’huile d’olive.