Les oliveraies traditionnelles espagnoles en difficulté face à la flambée des coûts de production
Dans une grande partie du secteur oléicole espagnol, les coûts de production dépassent les prix du marché, ce qui ravive les inquiétudes quant à l'avenir de la culture traditionnelle.
Entre 2020 et 2026, les coûts moyens de production de l'huile d'olive en Espagne ont augmenté de près de 57 %, les coûts dans les oliveraies les plus traditionnelles du pays dépassant désormais largement les prix du marché.
Ces conclusions sont tirées de la dernière édition de l’étude sur les coûts de la culture de l’olivier, publiée par l’Association espagnole des communes oléicoles (AEMO). Ce rapport est largement considéré comme une référence pour le secteur espagnol de l’huile d’olive.
S'écartant des calculs précédents, l'étude tient compte du contexte économique global en intégrant le coût d'opportunité des terres et l'amortissement des investissements nécessaires à la culture, y compris les machines.
La valeur des terres est souvent exclue des calculs des coûts de production agricole. Cependant, les auteurs de l’étude ont indiqué qu’elle était pertinente pour comparer la rentabilité de la culture de l’olivier à d’autres utilisations potentielles des terres.
Les chercheurs ont fixé le coût du foncier à 500 € par hectare pour les oliveraies en culture pluviale et à 1 050 € par hectare pour les oliveraies irriguées.
Ils ont exclu ce coût des oliveraies traditionnelles non mécanisables, également appelées oliveraies de montagne, car ces terres présentent généralement peu de potentiel pour une utilisation agricole ou commerciale alternative.
L’étude a analysé sept grands modèles d’oléiculture, allant de la culture traditionnelle à l’agriculture super-intensive.
Les résultats dressent un tableau sombre de l’avenir de la culture traditionnelle de l’olivier en Espagne.
Dans les oliveraies traditionnelles non mécanisables, qui représentent 17,7 % de la superficie oléicole espagnole, le coût total de production a atteint 5,31 € par kilogramme d’huile d’olive.
La situation est moins grave dans les oliveraies traditionnelles mécanisées et partiellement mécanisées, bien que les coûts restent supérieurs au prix moyen du marché, calculé au moment de l’étude à environ 3,26 € par kilogramme pour l’ensemble des catégories d’huile d’olive.
Les oliveraies traditionnelles dans lesquelles une certaine mécanisation est possible représentent la plus grande part de la superficie oléicole espagnole, soit 32,6 %.
Bien que la mécanisation puisse être limitée dans ces oliveraies, la réduction de la dépendance à l’égard d’une main-d’œuvre manuelle coûteuse a un effet significatif sur les coûts de production globaux.
L’AEMO a calculé des coûts de production de 4,18 € par kilogramme dans les oliveraies traditionnelles irriguées et de 4,67 € par kilogramme dans les oliveraies traditionnelles en culture non irriguée.
Bien que l’irrigation augmente considérablement les frais d’exploitation, les rendements plus élevés compensent largement ces coûts supplémentaires.
L’étude a estimé les rendements moyens à 6 000 kilogrammes d’olives par hectare dans les oliveraies irriguées, contre 3 500 kilogrammes par hectare dans les oliveraies en culture non irriguée, ce qui se traduit par un coût de production par kilogramme d’huile plus faible.
À l’autre extrémité du spectre se trouvent les systèmes de culture intensive et super-intensive.
Pour les oliveraies intensives en culture non irriguée, le coût de production moyen a été calculé à 3,52 € par kilogramme. Bien que ce chiffre reste supérieur au prix du marché en vigueur, il était nettement inférieur au coût du modèle traditionnel le plus efficace.
Des rendements plus élevés ont permis de ramener le coût de la culture intensive irriguée à 3,20 € par kilogramme.
Parmi les oliveraies super-intensives, les coûts de production s’élevaient en moyenne à 3,17 € par kilogramme en culture non irriguée et à 3,08 € par kilogramme en culture irriguée, soit le chiffre le plus bas enregistré dans l’étude.
Ces résultats risquent d’accentuer les inquiétudes quant à la viabilité à long terme de la culture traditionnelle de l’olivier.
Sur la base des données de la saison précédente, la section de Jaén du syndicat agricole espagnol COAG a calculé que les producteurs exploitant des oliveraies traditionnelles en culture non irriguée et assistées par des machines avaient subi des pertes directes de 7,8 %.
Ces pertes ont atteint 42,6 % pour les oléiculteurs exploitant des oliveraies traditionnelles non mécanisables.
En réponse, la COAG de Jaén a pris la décision exceptionnelle, le dernier jour du délai de déclaration fiscale en juillet, de notifier officiellement au ministère des Finances qu’elle contestait les hypothèses utilisées pour calculer les obligations fiscales des oléiculteurs.
L’organisation a appelé à une refonte en profondeur du système afin de refléter les nouvelles réalités financières auxquelles est confronté le secteur oléicole espagnol.