Les eaux troubles de l'agriculture grecque et la voie de la sortie
Les nouveaux agriculteurs doivent prendre des mesures décisives pour surmonter les difficultés engendrées par la crise financière.

Alors que de plus en plus de Grecs citadins renouent avec leurs racines rurales, bon nombre de ces nouveaux agriculteurs se sentent perdus face à ce défi. (Photo : Simon alias Flyblog)
Retour au village
Pendant des siècles, les Grecs ont largement compté sur la terre pour se procurer les denrées essentielles à leur survie, comme le blé qui donnait de la farine, les pommes de terre, les olives, les légumes et les fruits. Au cours des grandes vagues d’urbanisation des années 1950 et 1960, les grandes villes ont été envahies par de nouveaux arrivants et les campagnes ont été abandonnées. Outre le développement et l’expansion déséquilibrés que cela a entraînés dans les villes, l’urbanisation est désormais considérée comme un facteur ayant freiné le développement, car elle a eu pour résultat net la surpopulation et le chômage dans les zones urbaines, ainsi que des terres agricoles inutilisées dans les zones rurales.
Ce progrès inégal a désormais un prix à payer : la crise financière, qui est là pour durer, a contraint de nombreux citadins à retourner dans leurs villages et leurs fermes familiales pour recommencer à zéro en cultivant les terres familiales. Mais en l’absence de continuité dans l’entretien des terres et de transmission des connaissances, car personne n’est là pour leur transmettre le savoir-faire, les nouveaux agriculteurs se retrouvent souvent perdus face à ce défi. Des programmes de formation sont proposés par l’État pour leur enseigner le métier, mais rien ne peut combler un tel manque de connaissances pratiques.
Dans le secteur de l’huile d’olive en particulier, où plus de la moitié des nouveaux agriculteurs sont actifs, les problèmes sont encore plus nombreux : la sécheresse a entraîné une baisse du rendement de l’huile d’olive dans de nombreux endroits, les récentes tempêtes de grêle dans les territoires du sud ont aggravé la situation en frappant durement les arbres et les fruits, de grandes quantités d’huile d’olive fraîche sont volées partout, les oliviers sont abattus pour servir de bois de chauffage car le pétrole est très cher, les prix de l’huile d’olive fluctuent à la hausse et à la baisse et l’inefficacité chronique de l’État à promouvoir ce produit (ainsi que celle des producteurs à former des coalitions) est notoire.
Le facteur psychologique
Ces phénomènes ont toujours existé, mais ils sont désormais plus fréquents, plus discutés et bien plus importants ; le vol de 400 kilos d’huile dans une ferme de Thessalie le mois dernier peut désormais être catastrophique pour l’agriculteur, et la pauvreté pousse les voleurs potentiels à tout prendre, de l’huile aux machines en passant par le bétail.
Dans les situations difficiles, la psychologie joue un rôle crucial et une compréhension approfondie de la situation est importante. La panique, constamment reproduite et amplifiée par les médias, est un partenaire indésirable qui empêche les gens de comprendre que tous les autres ne sont pas des voleurs et que tout le monde ne sera pas volé.
Les jeunes agriculteurs doivent être capables de comprendre que, malgré les violations et les conditions météorologiques défavorables, la communauté est unie par des liens solides qui ne se brisent pas facilement. La terre peut être la solution pour beaucoup, et les choses commenceront à s’améliorer s’ils s’y efforcent suffisamment. Les opportunités vont et viennent au milieu de la crise, et ils doivent en saisir une ou deux. Le temps redeviendra leur allié, et il leur faudra faire preuve de patience et de persévérance.
La lumière au bout du tunnel
Bien sûr, tout n’est pas sombre et rétrograde. Le manque de connaissances sur la terre peut être compensé dans une certaine mesure par des agriculteurs ambitieux qui recherchent constamment de nouvelles techniques agricoles, qui utilisent les technologies modernes pour fabriquer les meilleurs produits, qui contactent les marchés et les clients potentiels via le web et font la promotion de leurs produits sur Internet.
Plus vous êtes dynamique et imaginatif, plus votre entreprise prospérera. Il existe de nombreux exemples de personnes revenues au village qui ont réussi à se démarquer et à impressionner le public : l'élevage d'escargots, la production d'huile d'olive biologique, les cultures hydroponiques, la trufficulture, sont autant d'activités plutôt inhabituelles mais récemment rentables. Le meilleur exemple est celui d’un homme qui est bien rémunéré pour parcourir les montagnes autour de son village et cueillir des légumes sauvages comestibles, qui sont ensuite envoyés à des restaurants chics d’Athènes (les légumes verts bouillis sont un plat courant en Grèce).
De plus, l’État a identifié le problème et a commencé à louer des terres à de jeunes agriculteurs pour un coût annuel symbolique de 20 euros par acre. L’Église de Grèce envisage également de céder ses propriétés aux agriculteurs, dans un geste de bonne volonté mais aussi de soutien substantiel. L'argent recommence lentement à circuler et, selon les responsables gouvernementaux, les PME (petites et moyennes entreprises), qui constituent l'épine dorsale de l'économie, auront la possibilité d'être financées à partir d'un fonds d'environ 500 millions d'euros.
En fin de compte, tout se résume au fait que si les nouveaux agriculteurs sont suffisamment compétents et capables de garder une attitude positive face aux obstacles nés de la crise, ces nouveaux amoureux de la terre réussiront.