L'UE va suspendre les importations issues de la déforestation

En adoptant ce nouveau règlement, les législateurs européens espèrent orienter la production mondiale de biens et préserver les forêts.

Un accord qui vient d'être conclu entre les deux organes législatifs de l'Union européenne (le Conseil européen et le Parlement européen) mettra un terme à l'importation de marchandises produites dans des zones déboisées. Ces nouvelles règles permettront à l'espace économique de ces 27 pays de bloquer l'importation de nombreux produits dérivés de l'huile de palme, du bois, du soja, du café, du cacao, du caoutchouc et du bœuf.

Le Conseil européen et le Parlement européen adopteront prochainement ce règlement de manière formelle. Dans deux ans, la liste sera réexaminée et d'autres produits pourraient y être ajoutés.

L'Union européenne est un grand consommateur des produits figurant sur la liste, et ses importations sont connues pour jouer un rôle majeur dans la perte progressive du couvert forestier.

Voir aussi : L'UE prend des mesures pour bloquer les importations liées à la déforestation, y compris certaines huiles de palme

Selon l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), entre 1990 et 2020, 420 millions d'hectares de forêt ont été perdus, principalement en raison de la conversion en terres agricoles et d'autres utilisations. Cette superficie est à peu près équivalente à celle de l'Union européenne elle-même, qui couvre 423,4 millions d'hectares.

« L'agriculture commerciale à grande échelle (principalement l'élevage bovin et la culture du soja et du palmier à huile) a représenté 40 % de la déforestation tropicale entre 2000 et 2010, et l'agriculture locale de subsistance 33 % supplémentaires », indique le dernier rapport de la FAO sur la déforestation.

La technologie jouera un rôle majeur dans la nouvelle infrastructure d’importation, car les opérateurs utiliseront le suivi GPS pour localiser avec précision l’origine de leurs produits.

Selon une note du Conseil européen, les nouvelles règles réduiront également les obstacles bureaucratiques tant pour les opérateurs que pour les autorités. Les petites entreprises pourront s’associer à de grandes entreprises pour préparer les déclarations de diligence raisonnable associées aux marchandises exportées.

Le nouveau règlement utilise le terme « dégradation des forêts ». Emprunté à la FAO, la dégradation des forêts est définie comme « les changements structurels du couvert forestier, qui prennent la forme de la conversion de forêts à régénération naturelle et de forêts primaires en plantations forestières et autres terres boisées, ainsi que de la conversion de forêts primaires en forêts plantées ».

Comme l’a noté le Conseil européen, le nouveau règlement fixe au 31 décembre 2020 la date butoir. Cela signifie « que seuls les produits issus de terres n’ayant pas fait l’objet de déforestation ou de dégradation forestière après cette date seront autorisés sur le marché de l’Union ou à l’exportation ».

D'autres mesures comprendront un système de référencement, qui attribuera une note de risque spécifique basée sur la déforestation aux pays de l'Union européenne et aux partenaires extérieurs. Les catégories de risque (faible, standard, élevé) auront une incidence sur le niveau de bureaucratie et les types de procédures de contrôle requis pour l'exportation.

Une note de risque élevée entraînera également des contrôles plus stricts sur les marchandises commercialisées, avec des vérifications portant sur jusqu’à 9 % des opérateurs. Les pays présentant une note de risque standard feront l’objet de contrôles sur 3 % des opérateurs, et ceux présentant une note de risque faible sur 1 % des opérateurs.

« L'accord tient également compte des aspects liés aux droits de l'homme en rapport avec la déforestation, y compris le droit au consentement libre, préalable et éclairé des peuples autochtones », a écrit le Conseil.

Les amendes seront « proportionnées aux dommages environnementaux et à la valeur des matières premières ou des produits concernés ». L’amende minimale s’élèvera à au moins 4 % du chiffre d’affaires annuel de l’opérateur réalisé à l’exportation vers l’Union européenne. En outre, l’opérateur sera temporairement exclu des marchés publics et de l’accès aux financements publics.

Après ratification formelle par l’Union européenne, le nouveau règlement accordera 18 mois aux grands opérateurs et 24 mois aux petits opérateurs pour s’adapter aux nouvelles règles.