Près de la moitié des terres agricoles en Europe est exposée à des facteurs d'érosion
L'évaluation des sols et les mesures de conservation revêtent une importance croissante en raison du changement climatique. De bonnes pratiques agricoles pourraient réduire l'érosion causée par le labour, l'eau et le vent.
L'impact cumulé du travail du sol, des opérations de récolte et de l'érosion hydrique et éolienne a été évalué pour la première fois à l'échelle européenne afin de déterminer les conséquences de ces facteurs sur les terres arables.
Un nouveau rapport publié dans Nature Sustainability montre que près de la moitié des terres agricoles européennes sont confrontées à au moins un facteur d'érosion des sols.
Selon le Centre commun de recherche (CCR) de l'Union européenne, auteur de l'étude, l'UE compte environ 100 millions d'hectares de terres arables.
Voir aussi : Une étude met en lumière l'impact environnemental de la production alimentaire mondiale« Nos estimations montrent que 43 millions d’hectares sont exposés à un seul facteur d’érosion, 15,6 millions d’hectares à deux facteurs et 0,81 million d’hectares à trois facteurs ou plus », ont écrit les chercheurs. « Environ 3,2 millions d’hectares de terres arables sont exposés à l’interaction potentielle entre l’augmentation des inondations, la sécheresse, l’érosion hydrique et l’érosion éolienne. »
L'étude a également révélé que le déplacement des sols par l'eau est la forme d'érosion la plus importante, représentant 51 % du déplacement total et touchant 57 % de la superficie totale.
« Le déplacement des sols dû à l’érosion hydrique dans l’UE est estimé à l’équivalent d’un déplacement annuel de 1 centimètre de sol sur une superficie deux fois plus grande que la Belgique », ont écrit les chercheurs.
La recherche a également identifié le labour comme le deuxième facteur le plus important de déplacement des sols, représentant 36 % du total. L’érosion éolienne et la récolte des cultures viennent juste après, avec respectivement 10 % et 2,7 %.
Comprendre et évaluer l’érosion des sols est crucial pour l’avenir de la production alimentaire et de l’environnement, car le sol est le fondement de l’agriculture et des écosystèmes.
Selon le CCR, les changements dans la qualité des sols « affectent l’approvisionnement alimentaire, l’approvisionnement en eau et sa régulation, ainsi que la séquestration du carbone. Un sol de bonne qualité constitue un important réservoir de gènes microbiens dont nous tirons des ressources biomédicales ; une qualité moindre du sol remet ce processus en question. »
L'érosion des sols entraîne une perte de productivité agricole, réduit la stabilité des sols, modifie leur structure et diminue leur capacité biologique ainsi que leur rétention d'eau.
L’érosion entraîne également la perte de nutriments du sol et altère « toutes les fonctions principales du sol, et pas seulement sa productivité », ont noté les chercheurs.
Les chercheurs du CCR ont déclaré que l’étude constituait un ensemble de prévisions qui devraient servir de base à l’élaboration « d’un réseau de surveillance stratifié efficace et à l’élaboration de stratégies d’atténuation ciblées dans le cadre de la politique agricole commune 2023-2027 ».
La politique agricole commune est un programme de subventions de l’UE conçu pour « soutenir les agriculteurs et améliorer la productivité agricole ».
Pour lutter contre l’érosion des sols, les chercheurs ont recommandé de réduire l’intensité du labour et d’augmenter la couverture végétale sur les terres arables. « Ces mesures sont bénéfiques pour la biodiversité agricole fonctionnelle du système agricole », ont-ils écrit.
Le respect de ces recommandations et d’autres bonnes pratiques agricoles pourrait réduire l’érosion due au labour de 27 %, l’érosion hydrique de 20 % et l’érosion éolienne de 9 %.
Les chercheurs ont indiqué que l'évaluation des sols et les mesures de conservation deviendraient de plus en plus importantes en raison du changement climatique.
Le CCR a déclaré que l'évaluation actuelle de l'érosion des sols est la première du genre et qu'elle est considérée comme une base pour le développement d'un système complet de surveillance de la santé des sols sur le continent.
« L’Europe s’oriente vers un cycle hydrologique plus intense qui aggravera l’impact de l’érosion… la géographie et les taux d’érosion futurs pourraient être considérablement modifiés par le changement climatique », ont-ils écrit.
« La voie vers un système agricole durable, neutre en carbone et respectueux de la biodiversité, préconisé dans le Pacte vert pour l'Europe, passe par une stratégie thématique de protection des sols contre les multiples processus d'érosion simultanés », ont ajouté les chercheurs.
Le CCR a indiqué qu’il n’existe actuellement qu’une poignée de programmes d’étude de l’érosion des sols à l’échelle mondiale, notamment l’étude coopérative nationale des États-Unis et le programme national chinois d’étude générale sur la conservation des sols et de l’eau.
Ces nouvelles recherches s’inscriront dans le cadre de la « stratégie de l’UE pour les sols à l’horizon 2030 » adoptée l’année dernière pour lutter contre la dégradation des terres.