Une récolte d'olives sous les bombardements dans le Sud-Liban

Le conflict entre Israël et le Hamas a entraîné l'immision de militants du Hezbollah venus du Liban, menaçant ainsi les oléviers et leurs moyens de subsistance.

RMEICH, Liban – « Désolé pour ce rendez-vous tardif, mais vous savez, c’est la saison de la récolte des olives, et je dois m’y rendre avant la fin de la journée. Sinon… » Le discours du père Nagib est interrompu par le bruit d’un bombardement.

Au sommet d’une montagne voisine, de la fumée s’élève. Les environs de Rmeich, un village chrétien du sud du Liban, sont soumis à des bombardements constants depuis le 7 octobre, jour où le Hamas a attaqué Israël.

Le Hamas est l’organisation politique et militaire qui gouverne Gaza et est désignée comme organisation terroriste par les États-Unis, l’Union européenne et sept autres pays.

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À ce jour, près de 18 000 Palestiniens et au moins 1 200 Israéliens ont trouvé la mort dans ce conflit, selon l’Associated Press. Au Liban, environ 20 civils et près de 100 militants ont perdu la vie.

Les mains du père Nagib sont teintées de vert et de noir, car il a passé l’après-midi à cueillir les fruits de ses arbres. Son oliveraie se trouve juste à la frontière avec Israël.

Comme lui, de nombreux villageois de cette région du Liban cultivent des oliviers dans leurs champs pour leur consommation personnelle ou pour en tirer leur subsistance.

Selon les chiffres du ministère libanais de l’Agriculture, le secteur oléicole au Liban compte plus de 110 000 oléiculteurs et environ 200 000 parcelles avec 12 millions d’arbres. Le syndicat local des agriculteurs estime que 20 à 30 % de la production nationale provient du sud du Liban.

Le secteur oléicole revêt une importance capitale au Liban, non seulement sur le plan économique, mais aussi sur le plan culturel. Selon au moins une estimation, plus de la moitié des oliviers ont plus de 500 ans.

Alors que la crise économique et sociale, qui sévit dans le pays depuis quatre ans, a eu un impact sur la production d’huile d’olive du pays, les conflits dans le sud du Liban entre le Hezbollah, un parti politique et groupe militant lié à l’Iran, et l’armée israélienne rendent la situation encore plus difficile cette année.

Le gouvernement libanais a déclaré que 40 000 oliviers ont brûlé depuis le début du conflit.

De la fumée s’élève suite à une frappe aérienne israélienne près de Yaroun, dans le sud du Liban, le dimanche 10 décembre 2023. (AP Photo/Hassan Ammar)

De la fumée s’élève suite à une frappe aérienne israélienne près de Yaroun, dans le sud du Liban, le dimanche 10 décembre 2023. (AP Photo/Hassan Ammar)

Si certains ont décidé de rester pour sauver leur récolte, plus de 50 000 personnes ont fui vers le sud. Parmi celles que nous avons rencontrées dans un camp de déplacés à Tyr (au nord de Rmeich), certaines étaient des ouvrières agricoles. Dans certains champs, les olives restent sur les arbres car personne ne peut les cueillir.

À Deir Mimas, au nord de Rmeich mais toujours près de la frontière, le bruit des avions est presque constant.

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Les ouvriers syriens reviennent des oliveraies, où ils tentent de récolter à la hâte autant qu’ils le peuvent.

Ce village avait besoin de 400 ouvriers dans les champs au cours de la saison dernière. Cependant, cette année, beaucoup sont déjà partis à cause du conflit. Même si Deir Mimas n’a pas été directement touché, il se trouvait au cœur des combats.

Assise à sa table dans son jardin, Hanoune, qui a refusé de donner son nom complet, termine son déjeuner. Malgré son sourire et son accueil chaleureux, la villageoise ne peut cacher ses inquiétudes concernant la saison de cette année.

« Parfois, quand nous sommes dans les champs, nous entendons les bombardements. C’est effrayant. Mais parfois, nous ne les entendons pas », dit-elle en épluchant une mandarine.

Hanoune compte sur ses oliveraies et une maison d’hôtes pour subvenir aux besoins de sa famille. Elle sait que cette année ne sera bonne ni pour l’une ni pour l’autre.

« Nous attendons les olives, puis nous les vendons », a-t-elle déclaré. « C’est comme ça chaque année, mais qu’en est-il cette année ? J’ai fabriqué du savon avec l’huile, les emballages et tout ça, ça m’a coûté beaucoup d’argent. »

« Mais maintenant, je ne peux pas les vendre », a-t-elle ajouté. « Ça peut attendre l’année prochaine, mais comment suis-je censée vivre en attendant ? »

Hanoune craint une escalade à la frontière, similaire à ce qui s’est passé en 2006. Au cours du conflit de 34 jours entre le Hezbollah et Israël, la quasi-totalité des infrastructures locales a été bombardée.

Cela ajouterait un défi supplémentaire à la saison des récoltes de cette année, un nouveau dommage collatéral de la fureur humaine.