Les échanges autour des variétés françaises

Les variétés locales d'olives en France sont réputées pour leurs qualités sensorielles, à défaut de leurs rendements.

« La France n’est pas forcément connue comme un pays producteur d’huile d’olive, nous avons donc un gros travail devant nous, et c’est précisément ce à quoi nous nous employons chez France Olive. Nous faisons connaître cette diversité de saveurs et les particularités de la production française », a déclaré Laurent Bélorgey, président de France Olive, l’association interprofessionnelle du secteur oléicole en France.

C’est vraiment encore un arbre mystérieux. C’est ce qui fait son charme et ce qui le rend parfois agaçant. – Laurent Bélorgey

Anciennement connue sous le nom d’Afidol, l’organisation a récemment changé de nom pour marquer son 20e anniversaire, mais aussi afin de « lui donner une appellation plus claire pour relever les défis à venir ».

Olive Oil Times a rencontré M. Bélorgey dans son domaine, La Lieutenante, situé dans la Vallée des Baux-de-Provence, dans le sud de la France.

« La situation de la production d’huile d’olive en France est plutôt bonne aujourd’hui. Mais il faut savoir que nous avons parcouru un long chemin pour en arriver là. Nous avons connu de très mauvaises récoltes qui ont mis en péril la production. Mais ces deux dernières années, nous avons eu de très bonnes récoltes et nous atteignons désormais un niveau de production satisfaisant », a-t-il expliqué

.« Nous avons produit environ 6 000 tonnes l’année dernière, et cette année, nous avons atteint le niveau de 5 500 tonnes », a-t-il ajouté.
Voir aussi : Les meilleures huiles d’olive de France
La France est le sixième producteur d’huile d’olive en Europe, derrière l’Espagne, l’Italie, la Grèce, le Portugal et Chypre, selon les chiffres fournis par le Conseil oléicole international.

À l’instar du secteur viticole, la production d’huile d’olive en France a adopté, au milieu des années 90, le système des appellations d’origine protégées (AOP).

Depuis lors, huit appellations d’origine ont été créées, couvrant la quasi-totalité des régions situées le long de la côte méditerranéenne française.

La taille de ces zones protégées varie des 16 villages compris dans les limites de la Vallée des Baux — l’une des plus petites zones protégées — aux 434 villages relevant de l’AOC de Provence.

« On dit souvent qu’il y a environ 20 000 producteurs d’olives en France. Néanmoins, ce chiffre englobe aussi bien le petit producteur qui ne possède que quelques oliviers dans son jardin et qui apporte ses olives à la coopérative locale, que le professionnel qui cultive 20 ou 30 hectares. Cependant, la plupart des producteurs possèdent de petites exploitations. Rares sont ceux qui possèdent plus de 50 hectares. La majorité en possède en moyenne 10 », nous a confié M. Bélorgey.

Oliviers à La Lieutenante (Pablo Esparza pour Olive Oil Times)

Oliviers à La Lieutenante (Pablo Esparza pour Olive Oil Times)

La mise en place des AOP en France s’est avérée être l’un des principaux atouts de son huile d’olive, car elle a permis au pays de préserver les particularités de ses variétés.

Cependant, ce système a également engendré certains des principaux défis du secteur.

« Il existe plus de 20 variétés locales protégées en France. Mais ces cultivars ne sont pas nécessairement les plus productifs », a expliqué M. Bélorgey.

« Le principal défi pour un producteur d’huile d’olive en France est de rendre ces variétés locales suffisamment productives. Nous devons en tirer le meilleur parti afin que les producteurs puissent vivre de leur production. »

M. Bélorgey estime qu’il est possible de doubler la production moyenne actuelle de 250 litres d’huile par hectare en France.

« Il ne s’agit pas d’atteindre des niveaux de production industrielle. Il s’agit simplement de mieux accompagner les producteurs en leur proposant des formations sur la taille, l’irrigation et la fertilisation, mais aussi en finançant la recherche », a-t-il déclaré.

La production d’huile d’olive en France a subi un grave revers en 1956, lorsqu’un gel massif a détruit la plupart des oliviers du pays.

Outre le fait qu’elle explique pourquoi il est difficile de trouver de vieux oliviers dans la plupart des régions du pays, cette grande gelée a contraint la France, comme l’a dit M. Bélorgey, à « repartir de zéro ».

Laurent Bélorgey

Laurent Bélorgey

Après une longue période, le gouvernement a mis en œuvre dans les années 90 un plan de relance visant à relancer la production d’huile d’olive. Quelque 10 000 hectares ont été plantés au cours de ces années, permettant au secteur d’envisager un avenir plus radieux.

« Aujourd’hui, tous ces oliviers qui ont été plantés dans le cadre du plan de relance devraient avoir atteint leur pleine maturité et augmenter la production », a déclaré M. Bélorgey.

Interrogé sur son expérience personnelle en tant que producteur d’huile d’olive, M. Bélorgey a clairement fait la distinction entre son rôle de président de France Olive et celui de propriétaire et gérant de La Lieutenante.

Son domaine de 48 hectares d’oliviers est situé dans les plaines, au sud du parc naturel des Alpilles, dans la Vallée des Baux, au cœur de la Provence.

Ses 13 000 oliviers produisent une huile qui a remporté une médaille d’or au Concours mondial de l’huile d’olive du NYIOOC en 2019 et en 2017.

« Mon domaine se situe dans la moyenne de la production française. Nous disposons d’une grande variété de cultivars, ce qui nous permet de les assembler pour obtenir la saveur que nous aimons », explique-t-il.

M. Bélorgey est revenu en Provence — et s’est lancé dans la production d’huile d’olive — après le décès de son père en 2001.

« Avant, je travaillais dans la finance dans une banque au Luxembourg. Puis, j’ai décidé de prendre les rênes du domaine familial », a-t-il expliqué.

« Ce qui est vraiment fantastique avec l’olivier, c’est qu’en réalité, on ne le connaît pas. Chaque année est donc une surprise, car on ne sait pas quel genre de récolte on va avoir. C’est vraiment encore un arbre mystérieux. C’est ce qui fait son charme, mais cela peut aussi parfois être agaçant. »