On prévoit une aggravation de la sécheresse en Europe du Sud et en Europe centrale

Le stress hydrique a déjà entraîné une baisse des rendements attendus pour les cultures d'hiver en Italie et en Espagne. Ces conditions exceptionnellement sèches devraient se maintenir au cours des prochains mois.

La sécheresse exceptionnelle qui paralyse l'agriculture du nord de l'Italie s'étend vers l'est.

La vitalité des plantes est compromise par les conditions de sécheresse qui touchent désormais toute l'Europe, des Alpes méridionales à l'Ukraine, selon la dernière mise à jour du rapport analytique de l'Observatoire mondial de la sécheresse publié par le Centre commun de recherche (CCR) de la Commission européenne.

Au cours des 30 dernières années, je ne me souviens d’aucune situation ne ressemblant même de loin à la situation d’urgence actuelle. Il n’y a pas de solution, et personne n’est à blâmer pour cela. La seule issue ? Espérons qu’il pleuve. – Umberto Brocca, président des consortiums d’irrigation de la province de Crémone

Le déficit pluviométrique, qui s’est aggravé ces derniers mois dans les bassins du Pô et du Danube, a eu un impact dramatique sur la capacité des réservoirs et la production d’énergie hydroélectrique.

« La baisse de la disponibilité en eau dans le sud de l’Europe rend la concurrence pour l’utilisation de l’eau plus intense et plus précoce », écrivent les auteurs du rapport. « Les cultures d’hiver en Espagne et en Italie sont dans des conditions sous-optimales, et le stress hydrique a déjà réduit le potentiel de rendement. »

Voir aussi : Une vague de chaleur et une sécheresse record au Pakistan menacent les cultures et la production d'olives

Selon les experts du CCR, des conditions d’humidité du sol plus sèches que la normale ont été observées en mars dans la majeure partie du nord de l’Italie, en Hongrie, dans l’est de la Roumanie et dans le sud de l’Ukraine.

La réduction de la teneur en eau du sol, ont-ils averti, est une conséquence directe de la sécheresse et affecte la capacité des plantes à extraire l'eau du sol. En conséquence, l'impact sur les activités agricoles et les rendements est immédiat.

Le rapport souligne qu’en avril, les précipitations dans le sud des Alpes n’ont que légèrement atténué l’impact du déficit de neige accumulée en montagne, qui contribue de manière cruciale au débit des cours d’eau à la fin du printemps.

Ce déficit en avril était de 61 % plus important que la situation moyenne observée dans les Alpes italiennes entre 2009 et 2021. Les experts estiment qu’une telle situation renforce le risque d’une sécheresse hydrologique dans les mois à venir.

Depuis le début de l’année dans la région, les précipitations globales ont baissé de 70 à 80 % par rapport à la moyenne de la période. En conséquence, le débit du Pô est si faible qu’une intrusion d’eau de mer supérieure à la moyenne se produit dans le bassin.

« Au cours des 30 dernières années, je ne me souviens d’aucune situation qui ressemble, ne serait-ce qu’un peu, à l’urgence actuelle », a déclaré aux médias locaux Umberto Brocca, président des consortiums d’irrigation de la province de Crémone, dont l’approvisionnement en eau dépend fortement du Pô.

« Il n’y a pas de solution, et personne n’est à blâmer pour cela », a-t-il ajouté. « La seule issue ? Espérons qu’il pleuve. »

En Lombardie, l’une des régions italiennes les plus importantes pour la production de cultures de base, les réserves d’eau ont chuté de 50 %, de sorte que toutes les cultures sont désormais considérées comme menacées.

Selon la section locale de Coldiretti, une association d’agriculteurs, la pénurie d’eau pourrait causer plus de 500 millions d’euros de dommages aux agriculteurs locaux, avec des pertes encore plus importantes pour les autres acteurs de la chaîne de production alimentaire.

Les experts climatiques du CCR ont également noté que, dans toute l’Italie, la plupart des régions ont reçu des précipitations nettement inférieures à la moyenne, « et la pluie est nécessaire pour éviter une nouvelle réduction du potentiel de rendement des cultures d’hiver et pour créer des conditions favorables à une application efficace des engrais et aux semis d’été ».

L'ampleur de la sécheresse et la gravité de la situation d'urgence, tant en Italie que dans le sud de l'Europe, feront l'objet d'un suivi attentif. L'Observatoire européen a également averti que, compte tenu de la situation actuelle, il est très probable que ces conditions exceptionnellement sèches se prolongent pendant au moins un à deux mois.

Même s’ils possèdent une résilience spécifique à la sécheresse, les oliviers peuvent être affectés par une sécheresse sévère, ce qui peut réduire les rendements et même causer des dégâts si elle s’accompagne de vagues de chaleur prolongées.

Les cartes du rapport montrent comment, à l’approche de l’été, plusieurs régions européennes consacrées à la culture de l’olivier, telles que la Provence en France, la Sicile et le Latium en Italie, connaissent des niveaux d’humidité du sol inquiétants, ce qui affecte déjà la végétation locale.

« Ces prévisions négatives suscitent des inquiétudes quant à l'évolution de la sécheresse actuelle », concluent les auteurs du rapport. « Il est essentiel de suivre son évolution au cours des prochains mois pour évaluer les risques et les impacts et mettre en place un système d'alerte précoce. »