L'Association française du fromage rejette le Nutri-Score, qu'elle juge « simpliste »

Les producteurs du roquefort français ont déclaré que le système de notation ne tenait pas compte des bienfaits pour la santé de leur célèbre produit.

La Confédération générale du Roquefort, une organisation regroupant les producteurs français de ce fromage bénéficiant d'une appellation d'origine protégée (AOP), a dénoncé le système Nutri-Score, estimant qu'il pénalise les spécialités traditionnelles.

Selon le consortium, le système de notation figurant sur le devant des emballages représente une « approche punitive », et le célèbre fromage devrait être exempté de l'utilisation du logo.

« Le souci de transparence envers le consommateur doit être rationnel et relever du bon sens. » – Stéphane Mazars, député à l'Assemblée nationale

La confédération a déclaré avoir pris position, aux côtés de certains élus et responsables locaux, car le gouvernement français prévoit de rendre Nutri-Score obligatoire pour les producteurs alimentaires.

Voir aussi : Étude : le système d’étiquetage Nutri-Score ne décourage pas la consommation d’huile d’olive

« C'est paradoxal », a déclaré Sébastien Vignette, secrétaire général de la confédération, au journal français Le Figaro. « Les produits alimentaires industriels ultra-transformés qui contiennent des conservateurs obtiennent un A ou un B [sur l'échelle Nutri-Score] tandis que les produits locaux très naturels sont stigmatisés. »

Les notes Nutri-Score classent les aliments sur une échelle divisée en cinq couleurs et lettres correspondantes, allant du « Vert A », considéré comme l’option la plus saine, jusqu’au « Rouge E ».

Ces notes sont basées sur la teneur en nutriments de base, tels que le sodium, les graisses insaturées et les calories, pour une portion de 100 grammes ou 100 millilitres. Tous les fromages sont notés D ou E car ils sont riches en sodium et en graisses saturées.

En raison des types d’ingrédients pris en compte par Nutri-Score, certaines boissons, notamment les sodas édulcorés artificiellement, reçoivent un « A vert » ou un « B vert clair ».

Cependant, Serge Hercberg, fondateur du système d’étiquetage alimentaire, a déclaré à Olive Oil Times lors d’une interview en juillet 2020 que ces notes visaient à comparer des produits alimentaires de la même catégorie. Par exemple, les notes attribuées aux boissons gazeuses light ne signifient pas que le produit est sain, mais simplement qu’il est plus sain que les boissons gazeuses classiques.

« C’est une injustice. Nous sommes les héritiers de recettes traditionnelles assorties de cahiers des charges qui garantissent la qualité de nos produits », a déclaré M. Vignette, qualifiant par ailleurs Nutri-Score de « logo simpliste » à une époque « où la complexité et la nuance ont rarement leur place ».

Stéphane Mazars, député de l’Aveyron, où le roquefort est traditionnellement produit, a ajouté que « si je n’ai pas de connaissances préalables, entre A et E, je choisirai toujours le A ».

« Pour le roquefort, cela n’a aucun sens », a-t-il ajouté. « Les labels constituent déjà un acte de responsabilité envers le consommateur… Le souci de transparence envers le consommateur doit être rationnel et relever du bon sens. »

M. Vignette a souligné que la confédération n’est pas « contre le Nutri-Score s’il est déployé pour classer les aliments transformés, sur lesquels les citoyens doivent être informés. Ce contre quoi nous nous battons, c’est son application aux spécialités AOP. »

La déclaration de la confédération fait suite à une prise de position similaire des deux plus grands consortiums italiens de fromages AOP, le Parmigiano Reggiano et le Grana Padano. Dans une initiative conjointe, les deux organisations ont critiqué Nutri-Score, affirmant qu’il ne tenait pas compte du profil nutritionnel des fromages de haute qualité.

Cependant, l’initiative de la Confédération générale du Roquefort est critiquée par les défenseurs de Nutri-Score, notamment l’Organisation européenne des consommateurs (BEUC), l’un des premiers soutiens de ce logo alimentaire né en France.

Roquefort-sur-Soulzon, France

« Le roquefort est un produit riche en matières grasses, en sel et en calories ; ce classement n’est donc pas une surprise pour quiconque a déjà consulté le tableau nutritionnel au dos de l’emballage », a déclaré Camille Perrin, responsable des politiques alimentaires au BEUC, à Food Navigator.

Elle a ajouté que Nutri-Score n’était pas simpliste ; il est simple, dans le sens où « il s’agit de traduire le tableau nutritionnel figurant au dos de l’emballage, afin de le rendre plus compréhensible et plus utile pour les consommateurs ».

Selon l’association française de consommateurs CLCV, « le roquefort est bon, mais il est aussi gras et salé, et le consommateur doit être informé qu’il est classé D ou E ».

Le CLCV a ajouté que « Nutri-Score permet aux consommateurs de faire un choix éclairé en comparant d’un seul coup d’œil la qualité nutritionnelle de produits de la même famille. Pourquoi ne pas l’autoriser pour le fromage ? »

Selon les données de Statista, un cabinet d’études de marché, environ 20 000 tonnes de roquefort sont produites en France chaque année. Sept mille tonnes d’entre elles sont certifiées AOP, dont 25 % sont exportées à l’étranger.

Nutri-Score reste le favori pour être sélectionné comme système d’étiquetage alimentaire standardisé de l’Union européenne. La Commission européenne a l’intention de choisir une plateforme d’étiquetage sur le devant des emballages d’ici la fin de l’année prochaine.